Interview Rory Winston

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Interview Rory Winston

Message par Pendulum le Lun 20 Juin - 16:20

Comme vous le savez probablement, Jonsu à bénéficier de l’aide du poète américain Rory Winston pour l’écriture de l’album A Way Away, paru en juin 2010. Voici l’interview de Rory, réalisée par le site Germano-néerlandais Indica-Fans.net.

Alors ce n'est qu'une partie de l'interview car celle ci étant très longue et très compliquée ça prend du temps, mais je voulais pas vous faire attendre plus longtemps donc voila !! ENJOY =)

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Idica-Fans.net : Voudriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Rory Winston : c’est intéressant que vous utilisiez le terme « lecteurs » plutôt qu’ « auditeurs ». Pendant que je me rends compte que vous faites référence au forum allemand, votre question, néanmoins, me rappelle pourquoi j’ai été attiré par ce projet : les fans d’Indica sont tout autant des « lecteurs » que des « auditeurs », ils donnent de la valeur aux paroles (signification, concept, images, les associations d’idées) autant qu’ils le font avec la musique.
Bien qu’on m’a demandé à mainte reprise d’écrire pour de nombreux artistes, je ne peux pas dire qu’écrire des paroles eu été mon but premier. En fait, il m’a fallu beaucoup de temps pour me sentir autant inspirer artistiquement pour écrire des paroles de chanson comme j’ai pu l’être pour écrire des pièces de théâtre ou des poèmes. L’idée qu’une chanson devienne hors du temps est plus difficile à imaginer que pour un roman.
Déjà très tôt, l’écriture a toujours été mon moyen de donner un sens aux choses. Cela sonne peut être particulier, mais j’ai su que les choses que j’écrivais était plus intéressantes et intelligentes que moi. J’avais un talent, celui de pouvoir jouer avec les mots ; et je savais que si je jouais assez longtemps avec eux, et que je si j’éditais tout cette merde non nécessaire, je finirais avec des concepts qui pourraient me surprendre et qui éventuellement m’apprendraient quelque chose.
Pourtant, j’étais déchiré entre un besoin de distraire et une forte envie de provoquer des émotions encore plus intenses. Mes changements d’humeur m’ont faits passer par à une écriture sombre et à une poésie dense un jour, à un l’écriture d’un stand up le jour suivant. Au final j’étais dans une position schizophrénique à cause de laquelle je me suis retrouvé à travailler sur une collection de poèmes et en même temps à servir de nègre pour des comédiens. A l’époque ma première pièce de théâtre était produite à New York, et j’ai su que j’étais bien meilleur à produire du matériel plutôt qu’à l’interpréter. J’ai également réalisé que parmi toutes les formes d’écritures que j’avais choisies, il y avait un point commun essentiel : le rythme. Que ce soit la poésie, la comédie, ou les dialogues, c’est qu’ils partageaient tous un sens comment de la musicalité, un sens du rythme et des sons qui formait le contenu de chaque travail.
Pour être franc, écrire des paroles était un excitant changement. Cela avait la même impression à ce que je ressentais lorsqu’on m’a demandé de transformer une pièce de théâtre en scénario. Ecrire pour des films, m’a soudainement fait réaliser qu’il ne s’agissait pas simplement des dialogues, mais surtout qu’il y avait une interaction entre les dialogues et un parallèle visuel de l’histoire. Ainsi, l’art reposait dans l’harmonie de la relation qu’il y a entre l’art du scénariste et l’art du réalisateur. Cela est similaire pour une chanson, c’était l’interaction entre le compositeur et l’auteur qui créé l’œuvre finale.
Les paroles ne peuvent pas être évaluées dans le contexte musical dans lequel elles apparaissent. Même dans le cas d’un poète classique/auteur de théâtre comme pour Bertold Brecht, c’est juste l’étrange juxtaposition de son cynique commentaire social couplé avec le cabaret des motifs de Kurt Weill, et forme l’ensemble du ton macabre d’une pièce tel que « l’opéra de quat’sous ». Et c’est ce qui m’a attiré pour les paroles : l’idée que les mots peuvent tout aussi jouer contre l’humeur de la musique (et ainsi créer une 3eme humeur), comme ils peuvent servir à mettre en avant la musique. Ça dépend de ce qu’on recherche.
Je suppose que mon bagage doit à voir avec le fait que je n’ai jamais été satisfait avec une seule forme d’écriture. Le bagage auquel je fais référence : le début d’une « aliénation ». Etant né à Montréal et m’installant ensuite à New York, j’ai vite compris la différence entre la tradition littéraire française et anglo-saxonne. Puisque mes parents étaient des Hongrois juifs, j’ai grandi en appréciant beaucoup de poètes hongrois, des mythes hébreux pré-Renaissance, tout comme une minorité d’acteurs contemporains. En général je me suis senti à la maison en compagnie des gens qui, comme moi, ne se sentent à la maison dans aucun lieu ou culture particulier.
Sans aucun doute, beaucoup d’artistes aujourd’hui ressentent le même manque d’identité. Ils sont à parts égales noyés dans des « traditions aliénées », et en même temps aliénés de leurs propres origines. Néanmoins, notre héritage influence notre façon de voir les choses. De même, même lorsque je m’autorise une escapade complète dans le monde de la musique de quelqu’un d’autre, j’emporte quand même avec moi tout le bagage théâtral et poétique dans les paroles.
Au final, je ne sais pas sûr si cela vous aide, vous autre lecteurs de savoir des détails de ma vie ou pas. Je veux dire, l’identité de l’artiste est toujours façonnée par le travail, tout comme le travail est façonné par l’artiste. Si il ou elle est bien( ?), il ou elle est lié(e) à se perdre dans le procédé jusqu’au point se ne devenir qu’une version fonctionnalisée d’eux même. Dans un sens, chaque nouvelle œuvre créée une nouvelle identité. Tout comme le vrai mec ou la vraie fille derrière, ils sont à peu près aussi ordinaires que tout le monde.

I-F.net : Quand avez-vous pour la première fois remarqué/ vu / entendu parler de Indica ?

RW : Comme dans une mauvaise version d’un roman de Paul Auster, c’était un habituel ensemble de circonstances moins habituelles. J’ai entendu Indica bien avant d’aller en Finlande pour la première fois, en fait bien avant de savoir qu’elles venaient de Finlande.
Nous étions à Londres pour la répétition d’une petite pièce que j’avais écrite et qui a été désignée pour se jouer au « Fringe Festival » (littéralement festival en marge (celui du festival d’Edimbourg), ndt.) et il nous manquait une bande son. Une jeune actrice britannique de la production a proposé de la musique pour mettre les acteurs dans l’ambiance. Elle disait que c’était une sorte de rock tribal et peut être d’Islande ou de de Norvège puisque que son ami lui avait gravé le CD ; l’ami de son petit copain venait de « quelque part là-haut dans le nord ». Maintenant que je m’en souviens, la Finlande est le seul qui ne nous est pas venu à l’esprit.
Un an plus tard, j’étais à Budapest en pré-production pour un film canado-hongrois et j’étais invité à une fête par un auteur local connu. Nous nous étions rencontré plusieurs années auparavant durant un festival international de poésie. Au long de la soirée, nous débâtions sur les langues Finno-ougriennes. Sa fille qui avait écouté notre conversation et disait que le finnois ressemblait de loin à la langue Hongroise mais qu’au final il n’y avait que quelques mots en communs. Pour illustrer ses propos elle joua un CD. Une fois encore, j’écoutais la même ouverture que j’avais entendue autrefois à Londres, et on m’a alors dit qu’il s’agissait alors d’Indica.
Un an et demi après cela, je me suis trouvé, parmi tous les endroits du monde, en Finlande. Un livre que j’avais écrit avait été traduit et allé y être publié. Pendant mon séjour, on m’a donné le poste d’éditeur en chef pour un nouveau magazine dévoué à la littérature contemporaine. Pour un des numéros, nous étions en train de récolter des articles sur le mérite littéraire de certains groupes locaux qui s’exportent. Quelqu’un a alors proposé avec enthousiasme que nous devrions alors aussi laisser un espace pour les groupes avec d’intéressantes paroles en finnois. Le critique qui travaillait pour moi avait déjà rassemblé des détails sur Indica, complétés avec des photos et des interviews. Puisque je n’étais plus dans le pays à l’époque où le numéro est sorti, je ne sais pas si le magazine a publié l’article sur Indica ou pas, mais je me souviens alors avoir pensé : « groupe sympa, ça pourrait être marrant d’écrire pour elles si jamais elles chantaient en anglais ». Puisque je n’en savais pas plus sur elles que ce que j’avais vu des photos et lu dans les interviews, je me suis vite débarrassé de cette idée et je me suis préparé à rentrer chez moi.
Comme le voulait le destin, une nuit avant de quitter le pays, une fille avec laquelle j’étais m’emmena voir un concert d’Indica. Bien que je n’eus vraiment rien compris de ce qu’elles chantaient, j’ai trouvé le groupe remarquablement entrainant. Malheureusement, je n’avais pas le temps de rester et rencontrer la chanteuse puisqu’il fallait que je fasse mes bagages pour mon vol le lendemain.

I-F.net : Comment vous êtes-vous retrouvé mêlé au processus d’écriture pour les paroles de l’album A Way Away ?

RW : Plusieurs mois après mon retour à New York, un compositeur finlandais avec lequel j’étais resté en contact, m’appela pour savoir si cela était d’accord s’il donnait mon numéro à un compositeur d’un groupe finlandais. J’ai accepté ne sachant pas ce à quoi je devais m’attendre. A l’époque, je pensais toujours que cela avait un rapport avec le magazine littéraire scandinave dont j’étais en charge des mois auparavant.

Le coup de fil était aussi absurde que quelque chose d’un film de Seth Rogen :

Jonsu : Ici Jonsu. C’est bien Rory.
Moi : Rory est mon nom d’écriture, oui il est … moi.
Jonsu : Rory Winston ?
Moi : Le nom est un peu stupide hein ? (pause) Es-tu la Jonsu de Indica ?
Jonsu : Oui je suis LA Jonsu, Johanna ; Jonsu est mon…
Moi : nom d’écriture ?
Jonsu : surnom. Tu connais notre groupe ?
Moi : Je vous ai vus jouer les gars.
Jonsu : quand avons-nous été des gars ?
Moi : Je veux dire que je vous ai vu en Finlande avant de partir.
Jonsu : Tu as été en Finlande ?
Moi : Oui. J’ai aimé votre concert. Mais je ne décide plus de ce qui paraît dans le magazine.
Jonsu : Quel magazine
Moi : le magazine littéraire
Jonsu : à New York ?
Moi : en Finlande
Jonsu : je ne comprends pas. Vous n’êtes pas un poète ?
Moi : Pourquoi ?
Jonsu : Pourquoi vous êtes un poète… ?
Moi : Je veux dire…, désolé. Je veux dire vous appelez pour…
Jonsu : Je pense que je pourrais avoir besoin de votre aide
Moi : Ok
Jonsu : Alors vous êtes intéressé ?
Moi : pour quoi ?
Jonsu : d’écrire pour nous ?
Moi : Quoi ?
Jonsu : Des paroles
Moi : Oh, je pensais que vous parliez d’un article.
Jonsu : quel article ?
Moi : oubli. Mais vous ne chantez pas en finnois ?
Jonsu : Si. (Longue pause)
Moi : Je n’écris qu’en anglais.
Jonsu : j’aime votre poésie.
Moi : en finnois ?
Jonsu : non, je les lis en anglais. Je les aime en anglais. Le but est de sortir un album en anglais.
Moi : Oh, du nouveau matériel vous voulez dire.
Jonsu : Non, les même vieilles mélodies.
Moi : Je ne comprends pas
Jonsu : Même mélodies mais de nouvelles paroles. En anglais. Pour le public étranger
Moi : J’en suis. Je suis très intéressé. Je veux dire, oui.

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Re: Interview Rory Winston

Message par merlin le Lun 20 Juin - 20:02

très sympa, on attend la suite... Clin

je comprends que l'interview soit très longue si à chaque question, il fait une réponse de "500" phrases !! What a Face
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Re: Interview Rory Winston

Message par Celioche le Mer 22 Juin - 22:22

Merci pour cette traduction, l'interview est assez originale je trouve Content

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Re: Interview Rory Winston

Message par Heini Säisä le Jeu 23 Juin - 15:06

J'adore! Very Happy Jonsu n'était pas très précise dans son coup de fil x)
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Re: Interview Rory Winston

Message par Scarlett le Lun 27 Juin - 19:26

XDDDD le coup de fil XD !!! ça m'étonne pas de la part de Jonsu tiens Razz !!
C'est vrai que Rory W. a la tchatche comme on dit chez moi !!
Un grand merci Pendulum Very Happy !!!
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Re: Interview Rory Winston

Message par Scarlett le Jeu 4 Aoû - 16:01

Et hop voici la suite et fin Clin

Et, évidemment, j'étais intéressé. Je savais que le public international d'Indica s'attendait à un haut niveau littéraire - un niveau qui allait même au-delà de celui auquel leurs premiers fans finlandais s'attendaient quand le groupe ne chantait encore qu'en finnois. Selon moi c'est dû au fait que quand des gens qui n'ont pas l'habitude d'une langue entendent dire quelque chose, ils imaginent toujours que les mots sont plus profonds qu'ils ne le sont. Si vous entendez chanter d'une langue exotique et rythmique comme le finnois, votre propre imagination commence à construire des histoires et des visions dans votre tête qui on tendance à être plus fortes et plus personnelles que tout ce qui peut se trouver là. Vous y apportez votre propre créativité en tant qu'auditeur. Donc plus le public international attendait la sortie de la version anglaise, plus je réalisais que leurs attentes avaient pris de l'ampleur.

Comme poète, ça a été un vrai challenge de travailler les paroles. Je savais que ce n'était pas suffisant de reproduire les concepts, les allitérations et les rimes de l'original. Pour satisfaire les fans intelligents dont l'imagination avait deviné le contenu pendant des mois sinon des années, je savais que ma tâche était de réinventer les choses d'une manière qui correspondrait au niveau d'anticipation de leur public tout en restant fidèle à leur univers. Ça devrait être aussi profond, mystérieux et évocateur que ce que j'avais moi-même imaginé avant de connaître quoi que ce soit.

J'étais aussi intéressé parce que ça me donnait une excuse pour retourner en Finlande et tomber sur la fille avec qui j'ai commencé une relation. Ce que je ne savais pas encore à ce moment-là, c'est que la fille avec laquelle j'avais dorénavant une liaison était une amie d'enfance de Jonsu. Eh bien, les petits pays sont faits pour avoir de grosses histoires. Ou du moins des longues. Désolé.

Indica-fans.net : Est-ce que vous et Jonsu aviez une certaine « technique » pour écrire les paroles ? Du genre l'un de vous deux lançait une idée pour l'histoire des paroles et voyait à quoi l'autre avait pensé ? Sinon comment les « histoires » derrière les paroles voyaient le jour ?

Rory : Écrire pour un artiste donné c'est comme écrire un monologue pour un personnage spécifique d'une pièce de théâtre ou, dans certains cas, comme écrire pour un comique monologuiste. Vous devez prendre en compte l'image et le personnage de celui qui prononce les mots. Ça doit sembler provenir directement de leur psychisme intérieur même quand ce n'est pas le cas. Donc peu importe la quantité de vos propres pensées que vous mettez en quelque chose, tout doit être stylistiquement filtré selon de la personnalité du chanteur. Dans un sens, je n'aurais jamais pu m'approcher des mêmes lignes sans avoir eu une très forte image d'Indica à l'esprit. Ça devait sembler naturel. C'est un challenge différent de la poésie.

Par ailleurs, chaque chanson nécessitait déjà des choses spécifiques textuellement parlant. Il y avait une humeur à prendre en compte. En plus, je devais passer beaucoup de temps à découvrir les histoires les plus fondamentales et les émotions chères au cœur de Jonsu. L'idée était d'être loyal non pas aux paroles originales mais au personnage qui les chantait.

Après tout, le groupe entier avait fait croître une belle affaire depuis la première fois où les chansons étaient sorties dans leur propre langage natal. Chaque membre du groupe avait assisté à des explosions de joie et supporté des événements tragiques depuis la première fois que ces chansons avaient été produites. Et pourtant, la musique elle-même restait chère à leurs cœurs. J'ai donc senti que c'était à moi d'interpréter cette musique d'après le contexte de tout ce qui avait changé dans la vie de chaque membre du groupe.

En plus de ça, je ne voulais pas perdre les consonnes et rythmes enchanteurs de l'original. Je me suis donc fixé pour objectif de transposer l'univers sonore du finnois en des motifs anglais naturels.
Donc dans ce contexte, il devint essentiel de garder les allitérations et scansions, d'avantage que le contenu réel. Les images seraient réinventées, les références culturelles universalisées, les expressions idiomatiques seraient mises en accord avec les besoins de le nouvelle langue, et encore, le caractère originellement glacé mais aussi sombre et chaleureux des sonorités de l'original devrait être présent dans le texte. Le fantôme d'un peuple devait être caché entre les lignes.

Je me suis attribué la tache de me familiariser avec les nombreuses références de poètes finlandais. J'ai essayé – il est vrai, dans un laps de temps trop court pour rendre justice à un patrimoine national – d'assimiler toutes les nuances que la tradition littéraire finlandaise avait à offrir. En un sens c'est une mine d'or remplie d'étranges sons et souvent de symbolisme énigmatique. L'idée était donc de courber ma propre langue et de manipuler les images de façon à ce qu'en un court instant musical elles soient capables de transporter l'auditeur dans le patrimoine exceptionnel du pays tout en maintenant cependant un solide rapport avec le contemporain.

Même si ça semble un peu idiot, je pense que certains types de paroles sont mieux écrites dans le cadre d'une sorte de rêverie chamanique enfiévrée. Ça ne signifie pas que vous pouvez aveuglément vous laisser aller et tout oublier du travail d'une précision mathématique nécessaire dans le placement correct des syllabes, les changements d'accentuations, le rythme, les étirements de voyelles et consonnes cinglantes. Ça veut dire en réalité, qu'une fois que vous avez acquis les mécanismes et la science, vous êtes capable d'oublier tout ça et de tomber tête la première dans un état de quasi-transe dans le but de faire des découvertes. Comme avec n'importe quoi d'autre, mieux vous vous y connaissez, plus vous pouvez vous laisser-aller. Et dans cette optique, je pense que Jonsu et moi étions tous deux assez équipés pour pouvoir nous laisser aller.

Dans un sens, je m'inscris dans la croyance à un oracle. Non, ça ne signifie pas que je pense vraiment que Dieu parle à travers l'intermédiaire que représenterait l'artiste. Mais ce que je pense en réalité c'est que vous autoriser à vous perdre dans le monde des sons d'un autre artiste créateur permet que des idées auxquelles vous ne penseriez pas habituellement parlent à travers vous. Donc en cela, je pense sincèrement que les paroles ont été écrites en symbiose avec les chansons elles-mêmes. La musique ainsi que ce que je savais sur Jonsu et le reste du groupe catalysait des histoires et des mots que je n'aurais jamais été capable d'écrire en étant isolé. De même, Jonsu n'aurait pas non plus été capable d'exploiter ses pensées de cette façon sans l'histoire que je lui ai apportée. Comme dans tous bons procédés, nous avons exploré l'univers caché de l'autre et le résultat fut...eh bien, ça n'est pas aux auditeurs de décider si ça compte ou pas.

Indica-fans.net : Est-ce que vous connaissiez les chansons avant même d'être impliqué dans la rédaction des nouvelles paroles ?

Rory :
Pas intimement. Enfin nous avons flirté, plus tard nous sommes sortis ensembles, et puis nous avons eu un glorieux...Je ne plaisante qu'à moitié. Car « connaître une chanson » ce n'est pas comme connaître une personne. Il y a beaucoup de moyens de connaître une chanson. D'abord, j'ai fait leur connaissance. Plus tard, j'en suis venu à les connaître plus intimement. Ok, oui, j'admets que moi et les chansons avons beaucoup glandé.

Honnêtement, rendre justice à une chanson, je pense que c'est comme conjuguer l'amour pur et le sexe passionné. Vous voulez pouvoir vous montrer compréhensif et ressentir leur univers de manière totale, mais il y a aussi des moments où il est nécessaire d'objectiver et de se retenir, retardant le moment de l'extase.

Ouais, j'ai essayé de ne pas m'approcher de mots comme « préliminaires », « coquin » et « orgasme » mais je pense que n'importe qui ayant déjà écrit une chanson ou ayant vraiment adoré une chanson sait que ça a beaucoup à voir avec ça.


Indica-fans.net :
Quelle chanson/(paroles) de l'album A Way Away est la meilleure selon vous ?

Rory :
Je ne veux pas vous donner la prétentieuse réponse « il n'y en a pas de meilleure » parce que je ne suis pas un relativiste en terme de qualité. Mais en vérité, c'est difficile de répondre sans diviser la question selon plusieurs variables.

En tant qu'écrivain, je ne suis pas impartial. Bien sur, j'aime quand j'ai l'impression d'avoir fait mon travail d'une façon inspirée. Cependant, les chansons dont les paroles excellent ne sont pas forcément celles avec la meilleure musique. Dans certains cas, j'ai pensé que la musique était phénoménale et les paroles seulement adéquates et vice versa. J'ai entendu des gens me complimenter pour certaines paroles alors que je pensais « oui, c'est vrai, elles sont bien mais cependant, ne sont pas à le hauteur de mes ambitions ». Puis il y a ces moments magiques où la musique et les paroles créent une troisième entité (un tout) qui est encore mieux que la somme de leurs parties. Et pourtant, les chansons les plus appréciées ne sont pas forcément celles-là. Je veux dire que certaines chansons marchent tout simplement mieux parce qu'elles correspondent mieux à l'artiste qui les interprète. Arrangement, orchestration...tellement de facteurs interviennent dans ce qui fait la meilleure chanson et il est difficile de les dissocier quand vous êtes directement impliqué.

Si je dois penser à une chanson où tout s'est unifié pour former un tout solide et où chaque partie à poussé son rôle au maximum, je dois choisir Children of Frost. La procession quasi-himnique musicalement couplée aux rimes et images enfantines déformées, tout ça sur fond d'excellentes orchestrations, à amené un nouveau niveau de compétence à l'ensemble. In Passing, Eerie Eden, As If...en fait j'en ai aimé beaucoup.

Parmi les chansons les plus rapides, je pense que Straight and Arrow marche bien au niveau des paroles – je suis fier de la qualité quasi-incantatoire qui les modifie subtilement à chaque fois – mais ça n'est pas forcément ma chanson préférée. Islands of Light est très difficile à juger parce que c'est l'une de ces chansons que j'ai du réécrire tellement de fois que je ne peux plus la mettre totalement en perspective. Je pense que ça va me prendre encore six mois pour faire une évaluation plus objective. Elles sont encore trop proches. En plus, j'ai une mauvaise habitude lorsque j'ai complètement fini de travailler sur un groupe de chansons, je vais rarement les réécouter car il y a toujours de petites choses que vous sentez que vous auriez pu modifier ou améliorer.

Indica-fans.net : Faites-vous partie du milieu de la musique ? Par la pratique d'un instrument ou l'appartenance (présente ou passée) à un groupe ?

Rory :
J'ai joué du piano pendant mon adolescence mais jamais assez pour que ça ait de l'importance. Je suppose que j'ai consciemment évité de jouer parce que mon père est un pianiste classique chevronné et un compositeur diplômé de l'Académie Franz Liszt à Budapest. Plus tard mon père à abandonné la musique pour travailler comme réalisateur à la télévision mais s'est assuré que mon frère et moi étions tous deux intensément exposé. C'était difficile de grandir chez moi sans entendre les enceintes hurler régulièrement de l'opéra, des symphonies et du Jazz. Et puisque ma mère était une ballerine affirmée, je présume que j'ai eu un assez bonne vue d'ensemble des différents moyens dont la musique peut être utilisée. J'ai moi-même été danseur professionnel pendant plusieurs année et le résultat en est que je vois essentiellement les mots et les phrases de deux manières : je les vois en termes de rythme et son, et en termes de gestes et mouvement.

Indica-fans.net : Les paroles de quelle chanson considérez-vous comme « vous » représentant le plus ?

Rory :
Je pense que ce serait une erreur de d'associer l'interprétation d'une chanson spécifique à un moment particulier de ma propre vie. Même si j'admets que des chansons comme A Way Away, In Passing et Lilja's Lament contiennent des éléments de mon histoire personnelle, elles ne restent pas particulièrement fidèles à un quelconque événement donné. Elles sont des impressions qui incluent des histoires que j'ai vécues, des histoires que des membres du groupe ont vécues, des histoires que nous avons entendues...Elles sont toutes conformes à l'univers de la chanson dont il est question et, avec un peu de chance, quand et si finalement elles marchent bien, c'est parce qu'elles sont capables de transcender les limites de la réalité et du présent et de prendre la place de la perception subjective que nous en avons.

Indica-fans.net : Est-ce que le processus créatif s'est entièrement déroulé par mail ou bien vous et Jonsu (ou le reste du groupe) vous êtes vous retrouvés pour travailler dessus ?

Rory : Alors que j'ai passé une courte période à apprendre à connaître chaque membre du groupe, j'ai passé le plus clair de mon temps soit avec Jonsu soit tout seul. Bien sur, nous nous sommes souvent vus en personnes car des choses devaient être testées, modifiées...réarrangées. J'avais besoin de savoir de quoi elle pensait parler ; elle avait besoin de directement savoir quelles impressions j'avais eu de la musique, avant même de savoir tout ce que ça pouvait représenter pour elle. Ironiquement, une part importante de mon procédé était l'impression directe que m'avaient donné les mots finnois que je n'avais pas compris. Parfois mal entendre un mot peut en déclencher un autre dans votre propre langue qui à son tour déclenche une phrase entière et finalement une histoire entière. Nous nous sommes aussi envoyés des emails mais sa présence était tout aussi importante pour moi. A chaque fois qu'elle chantait ou réalisait quelque chose, j'avais toujours de nouvelles idées basées sur les émotions de ses mouvements et sa façon de chanter.

Indica-fans.net : Est-ce qu'un jour vous collaborerez avec Indica pour un nouvel album si elles vous le demandent ?

Rory :
Pour être honnête, en ce moment je me dis : probablement pas. Mais en fait je ne suis même pas sur qu'Indica me le demanderait ou qu'elles ne gagneraient pas plus à expérimenter le travail avec d'autres. Ça ne veut pas dire que tout s'est mal passé. C'est plutôt le contraire. Tout s'est bien passé. C'est juste que pour le moment je pense qu'autant elles que moi gagnerions plus à travailler avec d'autres personnes.

Je suis sur que je travaillerais avec Jonsu comme compositrice pour un projet qui ne serait pas relié à son propre groupe. On en a même discuté. C'est un sujet totalement différent. Pour moi, cet album était un peu comme un film. En tant que scénariste, vous devez avoir envie de travailler avec le même réalisateur ; mais il est rare que vous vouliez travailler avec le même réalisateur sur une suite.

Bien sur, s'il y avait quelque chose que je pensais pouvoir faire de tout cœur pour elles – avec plein de conviction et le même niveau d'enthousiasme que pour ce que j'ai fait là – pour un prochain album, alors, évidemment, je changerai d'avis. Peut-être que c'est trop tôt pour se poser cette question.

Indica-fans.net :
Aviez-vous déjà été impliqué dans la rédaction de paroles pour d'autres groupes et si oui pourriez-vous en nommer quelques uns ?

Rory : J'adorerais les nommer mais je suis convaincu que vous n'en connaîtriez pas la plupart puisque nombre d'entre eux s'inscrivent dans beaucoup de genres différents (ça varie de l'Indie à l'industriel). Puisque j'ai été en Finlande, j'ai aussi travaillé avec plusieurs groupes et chanteurs locaux mais je suppose que ce n'est pas le bon endroit pour faire leur promotion.

De plus, j'ai récemment travaillé avec quelques très talentueux compositeurs finlandais, suédois et britanniques sur la création de chansons pour différents artistes - certains des interprètes et des groupes sont relativement connus mais puisque ce n'est pas moi qui gère les choses, je ne suis pas libre d'en parler. En plus, un groupe dont le grand succès est à venir paye notre équipe pour le privilège de nous employer comme nègres donc je suppose que ça ruinerai leurs objectifs si je mentionnait leurs noms. A part ça, je travaille doucement sur un livret pour un(e) opéra/comédie musicale contemporain(e).

Indica-fans.net : Qu'aimeriez-vous dire à tous les fans d'Indica ?

Rory : Vous voulez dire à part « habillez vous chaudement, j'ai entendu dire que l'hiver allait être froid...et le vin blanc se marie très bien avec les homards rouges ? »
En vérité, je ne suis pas sur que ce que j'ai à dire aux fans d'Indica soit si différent de ce que je dirais aux non-fans d'Indica : Bonnes vacances, j'espère que vous appréciez les chansons, et n'achetez l'album à vos amis que si vous l'aimez réellement vous-même.

Indica-fans.net : Merci beaucoup pour cet excitant voyage à travers votre processus de création et cet incroyable aperçu de votre travail, Rory !

Interview réalisée par Indica-fans.net, 2010
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Scarlett
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Re: Interview Rory Winston

Message par merlin le Ven 26 Aoû - 19:18

Merci Scarlett pour la suite et fin de la traduction. Beau travail (à tous les deux...)
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merlin
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interview rory winston

Message par jean yves le Ven 26 Aoû - 20:56

merci pour cette interview tres intérressant merci a tous les deux sa fait énormément plaisir .

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Re: Interview Rory Winston

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